Bienvenue dans le métamodernisme
PRÉFACE
À l'aube d'une ère où l'art fusionne indissociablement avec le quotidien de chacun, j'aborde avec vous une interrogation qui s'ancre profondément dans le tissu de notre société actuelle : l'ouverture au public détruit-elle le mouvement artistique du métamodernisme ?
Pourquoi choisir cette problématique ? Parce que, tout simplement, elle s'avère être l'une des plus pertinentes dans notre contexte social, bien que peu de personnes en mesurent l'ampleur. Au cœur de cette génération, je suis un témoin actif et un participant de cette période charnière qui façonne le métamodernisme. Mon but, avec cet écrit, est de dévoiler les risques inhérents à l'expansion d'un mouvement artistique qui, loin de conserver son aura élitiste, se démocratise à une vitesse vertigineuse pour infuser la généralité de notre existence. Le métamodernisme, avec sa complexité et sa richesse, s'impose comme un des courants les plus présents dans la vie quotidienne des individus. Propulsé par une digitalisation effrénée de l'information et des médias, ce mouvement ne connaît plus de frontières.
L'enjeu est de taille : expliquer le mieux possible au grand public les intrications du monde physique et du monde numérique qui nous enveloppent de manière presque invisible. Cette tâche est d'autant plus sensible qu'il me faut captiver une audience friande de contenus explicites, rapides et divertissants. Mon défi, à travers cette étude, sera d'utiliser le pouvoir des mots pour capturer l'attention de tous, en articulant un discours à la fois profond et accessible.
Savoir analyser le monde qui m'entoure est la chose la plus importante pour vivre en communauté. Se connaître soi-même et connaître les autres restera toujours une constante fondamentale de notre société pour continuer à évoluer convenablement.
Je vous invite, ainsi, à plonger avec moi dans l'exploration de cette réalité métamoderne, où chaque page tournée vise à éclairer un peu plus le rôle et la portée d'un courant qui nous définit tous, à chaque instant de notre réalité numérique et tangible.
INTRODUCTION
Dans un monde comme le nôtre, où l'information et l'art se combinent davantage pour s'immiscer dans la vie des gens, une question cruciale résonne dans la tête de tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à ce domaine : l'ouverture au public peut-elle nuire, ou même détruire, la base même d'un mouvement artistique ? Cette question est d'autant plus légitime que l'art n'a jamais été aussi accessible que maintenant. Pour y répondre, j'ai donc décidé d'explorer et de comprendre le large spectre créatif du métamodernisme. Ce courant actuel est un parfait rassemblement de cultures, de visions, d'idéologies et de médiums qui se diversifient encore plus chaque jour.
Pour ceux à qui ce terme ne dit pas grand-chose, laissez-moi vous expliquer l'arbre généalogique de cet univers contemporain qui nous entoure. En 2015, l'artiste anglais Luke Turner explique, dans un article nommé « Metamodernism : A Brief Introduction », que le préfixe « méta- » tire son origine de la metaxis de Platon, qui évoque l'oscillation entre deux idées contraires tout en les utilisant simultanément. Changement climatique, récessions financières, croissance du nombre de conflits armés : autant de problèmes, abordés par la suite dans cet écrit, qui expliquent l'émergence de ce nouveau concept depuis les années 1990 jusqu'à maintenant. Tous ces facteurs prennent place dans un mouvement à bascule qui vacille d'un pôle à l'autre, entre deux façons de penser très distinctes : utopie contre dystopie. La base même de notre société actuelle repose sur cette recherche perpétuelle du juste milieu entre ces deux visions. Utopie et dystopie, parents du métamodernisme, tirent leur essence du modernisme et du postmodernisme. Ces deux derniers, qui ont façonné notre monde avant le courant actuel, inspirent notre fantasme de trouver la vérité entre ces deux antagonistes. Notre avancée s'inscrit dans une ligne directe d'évolution historique, riche et complexe. Pour en comprendre davantage : le postmodernisme, avec son ironie, son scepticisme et son envie de destruction, est une réponse brutale au modernisme, qui prônait plutôt le progrès, la cohérence et la grandeur. Notre monde reconnaît l'échec de l'idéal moderniste tout en rejetant le cynisme de son successeur. Le métamodernisme est une réponse : un espoir cynique, une ironie sincère, et j'en passe. Mais c'est aussi un thème varié et passionnant, à l'histoire alambiquée. Et par-dessus tout, il est notre futur, mais plus que jamais notre présent. Comprendre les enjeux de ce perfectionnisme contemporain et ses points négatifs est plus que nécessaire de nos jours. Ouvrir les yeux sur un environnement qui nous pousse à faire l'inverse devient obligatoire.
Bienvenue dans le métamodernisme.
COMMUNICATION
Bienvenue dans un écosystème qui dépasse bon nombre des personnes qui le côtoient : le digital. Laissez derrière vous le romantisme des lettres et la complexité de l'impression pour la simplicité qu'offre la trentaine de touches du clavier numérique de votre smartphone. La communication entre êtres humains, qui atteint son paroxysme jour après jour, n'a jamais été aussi pauvre en profondeur. D'après Hootsuite, en 2022, plus de 4,74 milliards de personnes utilisent les réseaux sociaux à travers le monde, un total en hausse de 4,2 % ; ils servent principalement à garder contact avec des proches, à passer du temps avec eux et à s'informer sur l'actualité. Et qu'en ressort-il, de tout ça ? La réponse est propre à chacun. À l'échelle d'un seul humain, cela peut apporter du bien comme du mal ; peu importe sa nature, quelque chose se crée. À l'échelle mondiale, en revanche, un froid se fait sentir. Les quelques fois où l'humanité s'est rassemblée sur une seule et même ligne, pour échanger et provoquer un événement bénéfique au bien de tous, se sont faites rares. Les gens réagissent, passent, et oublient aussitôt. À l'instar du journal papier, notre téléphone enferme son utilisateur dans une bulle représentative de son univers. Ce qu'il faut comprendre, c'est que captiver une personne par le biais de l'information ne date pas d'hier. Le vrai souci qui apparaît au vingt-et-unième siècle, c'est que l'utilisateur devient ce qu'il lit. Les réseaux puisent leur force dans ce qui en sort, et ce que les gens reçoivent des médias, c'est ce qu'ils créent eux-mêmes. Finis, les quelques patrons qui décidaient seuls de ce que les gens lisent, voient et apprennent. Finie aussi, la frontière du local : monsieur et madame Tout-le-Monde deviennent les acteurs principaux des informations qui circulent autour d'eux. Cela a des points très positifs mais, mal dosés, ils peuvent devenir néfastes. Un autre changement majeur qu'apportent les réseaux est l'anonymat. Même s'il est dur de l'être vraiment sur internet, vous pouvez être invisible. Être entendu, être vu, tout ça sans l'être : voilà qui donne une force de parole à des personnes qui ne se seraient jamais exprimées sans ça.
Dès le début des années 2000, et surtout de 2010 à 2023, les réseaux sociaux accompagnent la vie des gens et les suivent tous les jours. Ces applications et ces sites vont redéfinir la communication. Le terme de microblogging fait son entrée dans le lexique commun pour désigner des conversations courtes de quelques phrases, ou de simples échanges d'images et de liens.
Le réseau de communication le plus puissant vient de naître : internet.
Alors, si comprendre et visualiser l'impact qu'a internet sur notre monde est chose faite, entrons plus en profondeur dans notre sujet principal. Sommes-nous à l'aube de la fin du créateur, et au début d'un ensemble nommé « création » ? À l'apogée de l'innovation technologique de ces années, les réseaux sont instantanément liés à la jeunesse. Cette génération est la première à pouvoir reconstruire la tour de Babel avec un nouveau langage universel, symbolisé par les réseaux sociaux. Jusqu'à maintenant, la montée en puissance du digital est fulgurante. La parole des gens prend de plus en plus d'importance et des unités commencent à apparaître. Pour le meilleur comme pour le pire, cette époque méta donne de la puissance à la voix de tous. Ces groupes sont liés par l'arrivée des hashtags, des memes et de styles toujours plus différents les uns des autres. Cette nouvelle forme de communication est la nouvelle manière de créer. Les gens parlent, les gens imaginent leurs propos, les gens partagent : la communication devient le moteur d'une époque. Mais tout se fait par groupe et par mode. D'une semaine à quelques mois, les trends ne durent jamais très longtemps, car le monde s'en lasse et crée aussi vite qu'il détruit. L'essence même du métamodernisme est directement ancrée dans les réseaux. L'évolution du smartphone et la puissance de l'image virtuelle donnent vie à cette façon innovante de transmettre une information. Le gros problème de cette façon de faire, c'est que les créateurs dont c'est le métier ne s'en occupent pas. Le créateur est donc remplacé par le consommateur, qui vient créer lui-même sa vision des choses. Même si, techniquement parlant, le métamodernisme se base principalement sur cette nouvelle manière de communiquer, est-elle vraiment bénéfique au bon développement d'un courant artistique ? Tous nos sens sont stimulés de nos jours. Le moindre détail est soigné en surface pour le bien des consommateurs. Les expériences visuelles, olfactives, sonores et sensorielles sont devenues obligatoires pour une communication réussie. Grâce à cette escalade du toujours plus beau, toujours plus travaillé, quoi qu'il en coûte, l'art et le design prennent une place de choix dans l'existence des gens. Mais cette montée place l'art au centre d'une idée, d'un plan marketing, et non plus au sein d'une époque. Ce n'est plus une question de trouver quelle expression artistique correspond le mieux à l'époque dans laquelle on vit, mais quel style correspond au message qu'on veut faire passer. Le point de rupture entre l'histoire de l'art et notre mouvement actuel est là. Tout fonctionne comme un arbre généalogique : on part de notre base de connaissances tout en mélangeant, en ajoutant et en innovant le long du chemin. On se retrouve donc avec une base très contemporaine, à laquelle viennent se greffer toutes les idées des designers.
L'ouverture au public devient dangereuse à ce moment-là. Le métamodernisme, artistiquement parlant, regroupe tout ce qui s'est fait de mieux et de pire jusqu'à maintenant, et le garde en mémoire dans une immense bibliothèque qui nourrit un ensemble créatif complet. Alors oui, notre temps fait sûrement de nous le mouvement le plus créatif ayant jamais existé ; pourtant, ce qu'il communique devient de plus en plus dénué de sens, à cause d'un public naïf. Un public qui crée parce que c'est « cool », ou encore parce que ça « rend bien ». L'art devient un message, une identité de marque, du marketing, et son âme réelle disparaît petit à petit. L'avantage derrière cette ouverture, c'est qu'elle nourrit quand même fortement notre société. Grâce à cette nouvelle image de l'art, les gens l'utilisent comme prétexte à l'invention. Inventer un nouveau style de musique et le faire écouter à des millions de personnes peut être extrêmement rapide de nos jours. Le design, et l'art en général, sont nourris par ce qui les détruit.
Tous les points que je viens d'aborder seront d'autant plus amplifiés par l'arrivée malheureuse du COVID-19. Cette pandémie poussera les gens à rester chez eux et favorisera le contact numérique. Avec cette période, c'est une page entière qui se tourne pour le métamodernisme. En deux ans, le monde devient presque complètement digital, et le développement du méta face au réel est fulgurant. Les réseaux deviennent la seule solution d'échange entre les gens. Cette crise sanitaire amène une nouvelle variable dans l'équation : la durée de vie d'une trend. Avec une hausse d'un milliard d'utilisateurs, TikTok est l'application qui va complètement changer la façon dont on consomme l'information. Globalement, la pandémie a été bénéfique pour tous les réseaux sociaux. TikTok est une application mobile de partage de vidéos et de réseautage social ; mais pour vivre et rester au sommet, elle a besoin de nouveauté. Elle est en train de poser les fondations du futur de la communication, en généralisant des modes à la durée de vie de plus en plus courte. N'importe quoi peut apparaître et disparaître du jour au lendemain. De nos jours, on parle de quelque chose de long quand ça dure un à deux mois. Cette norme détruit complètement le processus créatif du développement d'un concept.
Plus le temps d'innover, ni même de consommer. Tout est voué à disparaître avant même d'être créé.
La communication actuelle tend vers le digital et vers le surmenage. Le flux de création est incroyable grâce à cette nouvelle façon de faire, mais le sens artistique en prend un coup.
ENVIRONNEMENT
L'environnement de ce courant est extrêmement vague. Étant donné qu'il est inscrit dans la vie de chaque individu ayant une connexion internet, tout le monde peut toucher à tout. Encore et toujours dans cette recherche de la réponse parfaite, vous comme moi sommes amenés au milieu de décisions importantes qui nous font croire que notre avis l'est tout autant. Quand on parle d'environnement, le problème devient central : l'ouverture au public devient une brèche, et le mouvement se retrouve au milieu de ceux qui pensent pouvoir le contrôler. Notre époque nous donne des idées et des approches plus optimistes et pragmatiques face à des problèmes comme le changement climatique ou les conflits internationaux, mais les deux mêmes camps du début s'affrontent, l'idéalisme et le réalisme, qui font la force du mouvement. Allant de gauche à droite, la pendule oscille de plus en plus, jusqu'à tourner en rond. Un avis divergent de la personne en face de moi, et le débat est clos. Soutenue par des milliers d'autres personnes sur les réseaux, la discussion n'a plus lieu d'être. Un no man's land virtuel naît alors de ce conflit. La recherche de la validation et de la connaissance de soi n'est plus nôtre. L'appartenance à un groupe devient plus importante que l'appartenance à soi-même. Dans ce contexte social, l'art se fraie un passage, et on en découvre davantage sur son utilisation. Ce voyage d'un pôle à l'autre nous questionne tous sur la difficulté à dissocier appartenance et authenticité. L'art devient l'esthétique d'une génération qui essaye de le détruire et de le reconstruire chaque jour. Jamais les métiers créatifs n'ont été forcés de changer et d'innover aussi vite. Ce thème regroupe bon nombre de sous-catégories, environnement géopolitique, social, physique, digital, et tout cela se résume par la couverture sociale que nous offre le métamodernisme. Par-delà les frontières qu'il détruit, il en fixe une nouvelle, infranchissable pour beaucoup : la remise en question de son propre univers. Ce désir d'être comme les autres tout en restant soi-même peut parfois conduire à des idéalisations irréalistes, créant des attentes sociales difficiles à satisfaire. Des attentes bien souvent critiquées par l'opinion populaire, mais qui font fantasmer plus d'une personne. Et c'est triste à dire, mais pour sortir du panier, il faut faire différent, toujours plus, jusqu'à en devenir dérangeant, voire polémique. Les idées deviennent des causes à défendre, une victoire qui a pour seul butin sa propre existence. Le design graphique a toujours été le reflet d'une époque, avec les médiums que les gens avaient. Avec le temps, l'élitisme de ce monde disparaît pour laisser place à une plus grande accessibilité. C'est l'un des points les plus importants à comprendre : l'ouverture au public est la meilleure et la pire chose qui puisse arriver à un mouvement artistique. Dit comme ça, ça ne nous avance à rien. Mais si je vous dis que, d'après le Blog du Modérateur, environ 95 millions de photos et de vidéos sont publiées chaque jour, et cela seulement sur Instagram, pensez-vous trouver un mouvement plus dense que le nôtre ? Évidemment, la question de savoir ce qui a le droit d'être jugé comme de l'art n'intervient pas dans cette analyse. Je pars du principe, qui m'est propre, qu'à partir du moment où une création est imaginée, réfléchie et exécutée, elle a le droit de se proclamer art ; après, tout dépend de nos goûts et de notre sensibilité. C'est donc en matière de génération de concepts que cette ouverture apporte réellement un énorme plus. L'art se développe, innove et s'améliore. Mais l'environnement dans lequel il n'arrête pas de grandir est tout ce qu'il y a de plus instable. Cette accessibilité si bénéfique se retourne contre le métamodernisme, car elle peut entraîner une dilution de l'essence et de l'intégrité du mouvement. L'art devient « mainstream » du moment que tout le monde peut l'obtenir rapidement. Un talent et une évolution historique se transforment progressivement en simple clic. Cette simplicité à l'exécution veut dire qu'à la compréhension, le schéma se réplique. Une création compréhensible est une œuvre qui plaît à un ensemble plus large de goûts et de sensibilités, et donc qui marche mieux. Ce grand arbre représentant l'art dans son ensemble fait pousser une nouvelle branche : la représentation globale humaine. Cette jeune branche pousse vite, voire trop vite, et commence à prendre trop de place. L'opinion populaire prime sur l'analyse profonde d'une œuvre, et cela peut entraîner une homogénéisation du paysage artistique. En même temps que l'art grandit et s'étouffe de nouveauté, il s'étale, fond et perd de sa splendeur. À l'image de la banquise, l'art ne disparaît pas : il change d'état, et meurt gentiment. Ce statut de porteur de messages forts lui donne des avantages et des inconvénients.
Comme dit précédemment, l'art se retrouve au cœur de nos vies, mais cela implique aussi qu'il devienne la convoitise, la poule aux œufs d'or de nombreux investisseurs et entreprises qui n'hésiteront pas une seule minute à capitaliser sur l'art et à le rentabiliser sous toutes ses formes. L'art devient design, le design devient un plus. De votre voiture à votre cuisine jusqu'à vos vêtements : maintenant que le design parle à tout le monde, il est devenu impossible de passer outre cet argument majeur de la vente contemporaine. Cette utilisation est apparue à cause, ou grâce, à une globalisation croissante du marché de l'art, qu'il soit physique ou en ligne. Cette circulation internationale offre une accessibilité et une rentabilité plus fortes à tous les acteurs. Le public s'élargit considérablement, mais dans quel but… Cette nouvelle cible s'approprie un monde dont elle est vierge et l'incorpore à la pop culture actuelle. Tout cela pousse l'authenticité artistique aux portes des exigences commerciales. L'art voit ses attentes modifiées : on lui demande d'être beaucoup plus inclusif, de refléter la diversité culturelle et sociale. Son rôle dans notre société est complètement redéfini, à cause d'une tension naissante entre anciennes et nouvelles pratiques. Les polémiques en deviennent plus fortes, séparant directement, et davantage encore, les deux positionnements du métamodernisme.
Le mélange entre physique et numérique bascule nos interactions et crée une tendance à la sursimplification. Ce penchant du métamodernisme peut poser problème, car il réduit des concepts complexes à de simples informations qui deviennent vite fausses. Cela peut mener à de la désinformation sur des sujets sensibles, et à des défis éthiques auxquels le métamodernisme fait face. Cependant, l'environnement à la fois idéaliste et pragmatique de ce courant donne aux gens une perspective rafraîchissante, et nécessaire, dans ce monde qui se complexifie. Grâce à cette ouverture, on s'aperçoit que ce mouvement permet une meilleure compréhension des nuances de la vie moderne, tout en restant critique.
TECHNOLOGIE
Si jusqu'à maintenant j'ai pu être pessimiste, ou dramatique, ce nouveau chapitre ouvre une porte sur ce que l'avenir nous prépare, et sur ce que je trouve bien plus profond et intéressant pour ma problématique. L'élitisme de l'art étant en voie de disparition, de nouvelles façons de faire révolutionnent et bousculent l'art dans tous les sens. Technologiquement parlant, cette ouverture est la meilleure chose possible pour l'art. Un domaine bien trop paisible jusque-là, qui se reposait sur ses lauriers, vient de se remettre complètement en question. La technologie, outil de création ou de destruction ? Étroitement liées, les deux se combinent et sont la suite logique l'une de l'autre. Mais la technologie est le plus beau fruit qu'aurait pu faire pousser cet arbre. Ces façons de créer novatrices sont-elles salvatrices ?
L'évolution du métamodernisme, parallèle aux avancées technologiques, n'est pas juste une question de nouvelles techniques. Elle englobe une réflexion bien plus profonde, basée sur l'impact et l'empreinte laissés par les technologies novatrices sur nous, en tant qu'individus, et sur la société. Cette épopée commence au début des années nonante, avec l'apparition des ordinateurs dans le monde de l'art. D'après histoiredesarts.culture.gouv.fr : « La peinture numérique est une forme d'art numérique apparue dans les années 1990 dans laquelle les techniques traditionnelles de la peinture, telles que l'aquarelle, les huiles, l'impasto, sont appliquées à l'aide d'outils numériques grâce à un ordinateur, une tablette graphique, un stylet et un logiciel. » Même si la plupart des artistes restent critiques vis-à-vis de ces nouveaux médiums, il y a une réelle volonté naissante d'explorer et d'approfondir les nouvelles barrières artistiques que le métamodernisme impose, et de repousser toujours plus loin les limites traditionnelles connues jusqu'à maintenant. Et si jusqu'ici j'ai pu vous présenter le métamodernisme avec une vision plutôt philosophique, la grande famille des technologies du futur nous fait basculer dans le cœur de la problématique.
« Les artistes rêvent-ils d'art digital ? »
Assistants virtuels, intelligence artificielle, algorithmes, et j'en passe : autant de mots que vous comme moi entendons à longueur de journée, des noms qui se retrouvent au centre de presque tous les questionnements éthiques. Les plus grands chefs-d'œuvre, fantasmes et peurs de la science-fiction du grand écran sont devenus un quotidien pour nous tous. Si Black Mirror vous donne des frissons dans le dos, allez directement à la conclusion, car la technologie prend beaucoup de poids et, qu'on le veuille ou non, tout cela fait fortement pencher la balance.
Laissez-moi vous présenter la composition d'équipe, en commençant par les plus connus : ChatGPT, DALL-E, Midjourney et Gemini. Des intelligences artificielles qui en font pâlir plus d'un, mais qui sont juste la suite logique de ce qui se faisait déjà avec Siri, Alexa ou Google Assistant. Lancé en novembre 2022, ChatGPT est une réelle innovation. Actuellement gratuite, la version 3.5 est convenable pour expérimenter l'IA, mais la version 4 est une démonstration de ce que le futur nous réserve de mieux. Quand on parle de GPT, concrètement, on parle de génération de discussion pré-entraînée : le chatbot assemble, à la suite, les mots qu'il trouve logiques pour formuler des phrases. Pour réaliser de telles prouesses, GPT-3 est doté de 175 milliards de paramètres, et GPT-4 en compterait 1 760 milliards. « Le métamodernisme, artistiquement parlant, regroupe tout ce qui s'est fait de mieux et de pire jusqu'à maintenant et le garde en mémoire dans une immense bibliothèque qui nourrit un ensemble créatif complet. » Voici l'une des phrases que j'ai écrites plus haut pour expliquer comment la communication fonctionne… GPT est la « matérialisation » même de cette idée. Ces intelligences artificielles sont à utiliser à bon escient, évidemment, mais pour moi, elles doivent exister en tant qu'outils. Trop souvent diabolisés, ou présentés comme une solution de facilité, ces assistants numériques sont déjà notre présent, et plus de la fiction. Essayez de les chasser : ils reviennent plus forts. OpenAI, la société derrière bon nombre de ces avancées, capitalise cette année 1,6 milliard de dollars. En 2022, la petite start-up annonçait un chiffre d'affaires de 45 000 dollars pour sa branche non lucrative de recherche sur l'intelligence artificielle… En un an, OpenAI a multiplié son chiffre d'affaires annuel par plus de trente-cinq mille. Outre l'évolution pure du chatbot, les chiffres en disent long. Mais ChatGPT n'est pas le seul enfant d'OpenAI. DALL-E est une intelligence artificielle de génération d'images, l'une des plus puissantes actuellement sur le marché ; la combinaison des deux, dans GPT-4, l'est encore plus. Derrière son petit nom, mélange du robot de Pixar WALL-E et du célèbre peintre Dalí, DALL-E, d'après la description d'OpenAI eux-mêmes, est une intelligence artificielle qui peut créer une image à partir d'un texte. L'entreprise de San Francisco, suivie de très près par Microsoft et concurrencée directement par Google, est spécialisée dans le raisonnement artificiel. Les sociétés de recherche sur les IA sont très importantes dans notre monde : du marketing à l'automobile, en passant par la science et la médecine, les algorithmes prédictifs et les systèmes cognitifs deviennent nécessaires à notre évolution. La réelle explication de l'arrivée des intelligences artificielles dans des domaines accessibles à tout le monde, comme l'art, est simple : pour qu'une IA soit performante et continue de grandir, il faut l'entraîner. Maintenant, la limite est de savoir si l'art qui en découle est un simple exercice, ou une réelle recherche. L'IA dans l'art est un outil, comme nous le sommes pour elle. Il est faux de considérer une œuvre générée artificiellement comme une finalité.
L'arrivée des machines apprenantes fait peur aux gens, peu importe le domaine. Certains métiers sont menacés par les machines, comme depuis le début de la révolution industrielle, mais celui de l'art ne l'est pas. À l'heure actuelle, c'est une certitude ; dans le futur, la question se pose. Les intelligences artificielles sont à prendre en main et à contrôler comme des outils, pas à comparer à des robots maléfiques. Sans un humain derrière, le crayon ne dessine rien. Sans un humain derrière, le pinceau ne peint rien. Sans un humain derrière, l'appareil photo ne capture rien. Comme pour les autres : sans personne derrière, une IA ne crée rien. Tous les médiums ont leur lot de belles œuvres reconnues, et leur lot de choses créées pour envoyer un truc drôle à un ami, et j'en passe. Les IA ne sont ni plus ni moins qu'un médium de plus dans une trousse à outils bien fournie.
Toutes ces intelligences génératives sont la plus grosse avancée des dix dernières années. Cependant, ce ne sont pas les seules technologies apparues récemment. L'évolution du digital pousse les artistes à rendre leurs œuvres plus accessibles sur les différents supports. Le passage de l'imprimé au numérique change complètement la consommation du design et de l'art. C'est pour cela qu'il y a trois ou quatre ans, la création du metaverse est venue confirmer et solidifier cette idée de puissance numérique. Quand on parle d'univers, ce n'est pas juste une image, mais bien une réalité : un monde créé, et accessible seulement par ordinateur. Sa création et l'arrivée de la blockchain favorisent la croissance du marché en ligne. Le terme NFT signifie que l'authenticité d'un fichier numérique est certifiée. Avec tout ce que je viens d'expliquer, le champ des possibles s'offre aux artistes les plus aventureux. Grâce à ce système, les œuvres peuvent dorénavant être certifiées, vendues et exposées sans l'aide de galeries ni de musées, et depuis chez soi. C'est un réel plus pour bon nombre d'artistes. Pour les férus de technologie comme moi, vous pouvez pousser l'expérience encore plus loin en y ajoutant de la réalité mixte ou augmentée, et visualiser votre œuvre dans le monde que vous voulez. La façon de consommer l'art devient différente, mais les chemins qui s'ouvrent grâce à ça n'apportent que du bonus, et pour une fois dans ce texte, je finis très optimiste.
La technologie crée de nouvelles expérimentations qui agrandissent le monde de l'art et qui touchent un nouveau public. Mais en même temps, ce monde a besoin de ce public pour se laisser prendre un nouveau souffle. La technologie est probablement le juste milieu que le métamodernisme cherche à atteindre.
Une recherche menée pendant mes études, écrite avant l'arrivée des IA génératives dans mon quotidien, et publiée ici corrigée mais pas réécrite. Pour creuser : Luke Turner, Metamodernism : A Brief Introduction, 2015. Les chiffres viennent de Hootsuite (2022), du Blog du Modérateur et d'OpenAI ; la définition de la peinture numérique, de histoiredesarts.culture.gouv.fr.
